Courage

Publié le par OncleEddie

Notre vie ne nous appartient pas.

 

Comme tu sais, Spot, je me pose des questions. Tout le temps, sur tout. Pourquoi qu'on a besoin de plus de 150 marques de poches poubelles? Pourquoi que les rousses sont aussi obsédantes? Pourquoi que l'univers il est aussi grand? Pourquoi que les fascistes ont un public? Je ne sais pas, tout cela est complètement incompréhensible (à part cette histoire de fascistes: très clairement, c'est des gros cons) (question simple, réponse facile).

 

Donc fatalement, pour pouvoir continuer à explorer ces questionnements existentiels, il me faut admettre de temps à autres des réponses plus ou moins convaincantes, dans l'unique but de pouvoir continuer cette chaîne d'interrogation spirituelle qui constitue ce qui est communément appelé mon champ de conscience. Chacune de ces réponses constituant bien évidemment le point de départ d'une nouvelle chaîne de questionnement, indépendamment des autres même si parfois, ça se recoupe et se chevauche.

Pour les questions vraiment compliquées (la taille de l'univers), il me faut entrevoir plusieurs théories, qui s'opposent ou se complètent, qui se tiennent ou n'ont aucun sens. Peut-être on est le rêve d'une autre entité. Peut-être l'univers n'existe que parce qu'on peut le voir. Peut-être on est un hasard mathématique parfaitement prévisible d'un point de vue statistique.

Pour les questions plus simples (les fascistes), l'expérience continue de l'introversion admet des réponses très simples qui, si elles doivent être continuellement remises en question pour conserver leur valeur intrinsèque, sont passablement déprimantes dans leur constance. C'est des gros cons. Le bon côté, c'est que cela constitue une fondation solide pour les autres questions.

 

Notre vie ne nous appartient pas.

 

Le côté très satisfaisant de l'introspection - outre l'introspection en elle-même - c'est qu'elle se nourrit de tout ce qui peut constituer sinon un point de réflexion, tout du moins une réflexion en soi. Je sais, c'est taré. Quand tu commences à te poser des questions, y'a pour ainsi dire aucune limite à quoi que ce soit. Je comprends toujours pas pourquoi certains d'entre nous arrêtent pour décider... Regarde-moi, prêt à cracher sur les religions...

Un autre point intéressant de l'introspection, c'est que tu développes des idées et des théories, parfois même des valeurs, sans légitimité aucune en dehors de ton propre cheminement qui t'es propre, et comme tu dois te nourrir d'histoires et d'idées pour alimenter tes questionnements, parfois, cela arrive. Tu développes une idée, t'es pas nécessairement sûr parce que par nature, les idées sont des idées et il n'y en a aucune qui ne saurait survivre à une bonne discussion, mais t'as pas nécessairement les moyens de défendre chacune d'entre elle avec une saine discussion.

Alors quand t'es finalement plus ou moins convaincu, tu développes cette idée en une valeur qui définit un code de conduite et des années après ça, tu retrouves cette même idée dans une histoire. Et ça te valides, tu vois? T'as pas nécessairement raison, mais au moins, t'es un peu moins seul dans ta tête - et ce genre de chose est au-delà de ce qui n'a pas de prix. Tu fais ton cheminement à toi et rien qu'à toi, et à l'autre bout du monde y'a un type qui a eu le même cheminement et qui a réussi à le mettre dans un film ou une série, il a trouvé un moyen de le dire à tout le monde. Mais toi, tu y avais pensé avant. L'appartenance est une chose mais ce genre de trouvaille, tu te sens comme un putain de génie.

Aussi, très clairement nécessairement est le mot du jour, mais il est trop d'alcool à cette heure-ci pour que je me tracasse à ce niveau, alors admets les choses (perso, je vais faire ça).

 

Notre vie ne nous appartient pas.

 

Il y a un sentiment encore plus exaltant que celui d'être le premier esprit libre, parce qu'avec toutes ces théories que tu développes tout seul dans ta tête, au fil du temps tu finis par en arriver à percevoir certaines choses de loin, sans vraiment pouvoir les exprimer, mais tu vois bien que y'a un chemin qui va jusque là-bas, et tire-moi les poils des couilles un par un si je vais pas me cogner toute la route pour aller jusque là-bas. Et pouf, ce truc que tu percevais instinctivement, que tu pouvais presque le voir, que sa découverte pourrait sauver chacun des poils de tes couilles (ou de ta foufoune), boum, il est juste là, dans une série anglaise. C'est pas toujours une série anglaise, mais soyons sérieux, c'est quasiment toujours une série anglaise.

 

Notre vie ne nous appartient pas.

Notre voiture nous appartient - quand elle est en panne, on est dans la merde. Notre connexion internet nous appartient - quand elle est en panne, on est dans la merde. Notre machine à laver nous appartient - quand elle est en panne, on est dans la merde. Genre, littéralement. Oui, j'ai préparé cet exemple dès que j'ai commencé à écrire ce paragraphe; maintenant, dis-moi que ça valait pas le coup.

Les choses qui nous appartiennent, ce sont les choses qui nous affectent directement lorsqu'on les perd. Notre vie? Je vais tirer à bout portant, Spot, ta vie ne te manquera pas quand tu l'auras perdu. Ta vie manquera à tous les gens qui t'aiment. Tu crois qu'ils ne sont pas nombreux, et c'est peut-être vrai, mais ça n'a pas d'importance en soi. Il suffit d'une personne pour qui tu as une certaine importance, une seule personne, une seule importance, et alors c'est foutu, ta vie ne t'appartient plus. Je suis désolé du spoiler, mais si tu existes, il y a au moins une personne pour qui tu es important. Toutefois, l'univers étant ce qu'il est, il est tout à fait possible que tu ne l'aies pas encore rencontré - des choses plus étranges sont déjà arrivées. Patience et longueur de temps font plus que la cruche qui s'en va tant à l'eau que le roseau plie mais point ne se brise. Truc de fou.

 

Fais-moi plaisir s'il te plaît, prends soin de ce qui est à toi, mais surtout, surtout, apporte un soin tout particulier aux responsabilités qui découlent de ce qui ne t'appartient pas. C'est pas moi qui vais te dire que c'est facile, mais c'est moi qui vais te dire que les choses sont ce qu'elles sont.

 

Ta vie ne t'appartient pas.

 

 

Illustration de toutes ces choses (et probablement révision parce qu'il y a une bonne chance que ceci soit déjà présent quelque part dans ces pages):

Dirk Gently - Zen navigation

 

 

Aussi, les rousses sont aussi obsédantes car la plupart d'entre elles ont une carte des étoiles qui leur est imprimée à même la peau (qui est exceptionnellement douce au toucher). CQFD.

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