FOU !!! (mot vengeur)
Ce qu’il y a d’intéressant dans le monde qui nous entoure, hormis les arbres et les ballades en bord de mer, est l’observation des habitants de cette planète. Que nous soyions blancs, bleus, jaunes, rouges, verts ou noirs, riches ou pauvres, punk ou BCBG, nous sommes, toute notre vie, classés, évalués, catalogués et rangés dans des boites par le Système.
Cela définit notre position dans ledit Système et, le plus souvent, la manière dont nous serons perçus par nos congénères. La plupart des habitants de cette planète sont, malgré certains aspects plus originaux de leur caractère ou apparence, catalogués dans la grande famille des personnes « normales », « socialement acceptables » et « non-dangereuses pour le bon fonctionnement du Système ». Ils suivent la Règle.
Les Règles de « normalité » ont été établies, votées ratifiées, copiées en 3 exemplaires, faxées, perdues, retrouvées, mangées par une fougère tueuse, brûlées, éteintes, reconstituées, passées dans un bain d’azote liquide, enterrées dans le jardin du 10, Downing Street, déterrées puis, enfin, gravées dans la tête de chaque Terrien à grands renforts de supports multimédia aussi divers que variés, le tout (parfois) légèrement adapté aux cultures locales, bien que ce soit plutôt les cultures qui s’adaptent au normes , et non l’inverse.
Bien loin de se rebeller contre tout cela, les Terriens (du latin : Crétinus Maximus Absolutus) deviennent ensuite des acteurs d’une chasse à la sorcière contre ceux qui auraient le malheur de sortir du lot.
Aux cas jugés les plus « graves », on attribue l’étiquette de « fou », marque indélébile destinée à protéger les gens « normaux » du danger potentiel que représentes ces individus des plus singuliers qui, j’en suis persuadé, sont peut-être les êtes les plus sensés de cette planète.
Dans les cas jugés « moins graves » par le système, on nomme des défenseurs de la normalité pour tenter de rétablir, chez l’individu « dérangé » (comprendre « dérangeant ») une certaine conformité aux normes préétablies, et de le rendre ainsi « socialement tolérable ». J’ai nommé : Les Psy.
Les Psy, donc, ont entre leurs mains le pouvoir suprême de tamponner soit « fou » soit « normal » sur le dossier de leurs clients. PATIENTS, ‘scuse. Leur jugement est sans appel, et leur opinion fait figure de Vérité Absolue. Nul ne conteste avec le diagnostic d’un Psy. Après tout, c’est leur métier.
Il existe différents types de Psy. Il y a les Psy pour les individus « légèrement perturbés », « moyennement perturbés », « très perturbés ». Il y a la Psy baba-cool, et le Psy pète-sec. Le Psy inquisiteur. Le Psy compréhensif. Le Psy de bande dessinée. Mais cela ne s’arrête pas là !
Les gens « normaux » ayant une vie « normale » et un cadre de vie « socialement acceptable » ont jugé qu’il était primordial que tout ce qui les entoure se plie aux mêmes normes. Aussi (poil de nez sur le potage), jugeant que leurs compagnons ne leur ressemblaient pas suffisamment ou que leur comportement était « anormal » (comprendre ici : « incompréhensible à leurs yeux »), ils ont mis au point…
Les Psy pour animaux. Là aussi, le secteur d’activités est large. De la girafe à la truite, en passant par le chien, le chat, le cheval, le raton-laveur, l’éléphant, le poisson rouge, le mouflon (oui, le mouflon aussi) et l’autruche, le Psy animalier a pour mission de comprendre pourquoi les animaux ne veulent pas se comporter de manière « logique », « normale » et « socialement acceptable » : C'est-à-dire, pourquoi ils ne se comportent pas exactement comme les humains approuvés par le Système.
Une question se pose, alors : « qui est fou ? »
Pour peu que la technologie continue de progresser, bientôt les Psy auront de nouveaux clients. Patients, ‘scuse. Que feront-ils ? Disons qu’ils auront le même « travail » que le reste des inc--- praticiens de la même dénomination, mais qu’après avoir prêté une oreille host--- attentive aux messages d’erreurs des machines (surtout celles tournant sur Vista), au lieu de clore par le ô combien réconfortant, utile, encourageant et surtout constructif « Oui, votre cas est préoccupant, en effet. Vous allez très mal et êtes très déprimé, il faudra absolument revenir la semaine prochaine. Mais, encore une chose… qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? », ils pourront se contenter d'« apaiser » leur client --- patient, ‘scuse --- avec un bon vieux reformatage (eh oui, sur eux ça fonctionne ! Les machines, humains parfaits de demain !!), ou un bon coup de gourdin/massue/batte de base-ball/endive ('a pu mal, maintenant !), pour ensuite rentrer chez eux emplis du plus haut sentiment de plénitude à l’idée d’avoir contribué à la « normalité » du monde.
Alors, qui est fou ?
Les Terriens sont prêts à gober tout et n’importe quoi, pour peu que cela leur soit présenté de manière « normale » et « socialement acceptable » : Dans un rayon de supermarché, et, si possible, avec la même odeur que le sent-bon pour nettoyer le par terre du sol, le tout à la fraise des bois…
Alors ? Qui est fou ?
Tata Berthe et moi, on y réfléchit pas mal, ces temps-ci. Plutôt moi que Tata Berthe, en fait. Elle, elle essaie de donner des cours de lancer d’avions à Spot. C’est très complexe, mine de rien, le lancer d’avions. Il existe des possibilités infinies pour pratiquer cette discipline. Tu peux les lancer d’un toit, d’un balcon, d’un bureau. Tu peux les poser dans un arbre en attendant qu’un coup de vent les fasse décoller, ou alors essayer de les catapulter (d’ailleurs, en ce qui concerne le catapultage, Tata Berthe dit que les strings sont ce qui marche le mieux). Les avions peuvent s’écraser comme des merdes, se planter dans la tarte aux pommes de la voisine, ou alors (avec un peu de chance), planer majestueusement sur plusieurs mètres, pour atterrir délicatement… sur le bureau du patron (avec un peu moins de chance). (ah, d’ailleurs, si ça t’arrive, oublie pas de te cacher sous ta table, ou de te déguiser en serpillère, surtout si t’avais écrit un petit mot doux sur les ailes de l’avion, originellement destiné à la jolie jeune cadre dynamique un peu plus loin…)
Mais je m’égare. Citoyens de la Terre, je vous laisse avec cette question : « Qui est fou ? ».
Un conseil : Ouvrez les yeux, et pensez-y…. Qui est fou ?
Oh, dernier conseil : Si vous voulez pas que votre vie soit un véritable enfer, la semaine prochaine, n’oubliez pas la Saint-Valentin. Ou alors, restez célibataire, ça coûte moins cher et c’est plus prudent.
Je dois y aller, Tata Berthe veut que je passe un coup de tondeuse sur la pelouse.
N’oubliez pas d’éteindre en sortant, et de vérifier si le congélateur est bien fermé.