La vraie nature de la Force
Alors que j'étais bien peinard en train de dormir, je me suis soudain réveillé tout frissonnant, il faisait quasiment moins quinze dans la pièce, et ma tentative d'utilisation de ma bouillotte personnelle fut accueillie par quelques grognements gutturaux suivis d'un "fous-moi la paix, j'ai mal au crâne"... Merci Berthe, merci - heureusement que c'est nous qui sommes censés avoir les idées mal placées en permanence.
Un peu plus loin dans la nuit, c'était le matin et je me suis dit "chouette, une bonne douche bien brûlante!" Berthe veut pas que j'allume parce qu'elle se lève plus tard (quand elle se lève), donc une fois cognées les cuisses dans tout les meubles et rapés trois doigts de pieds en ouvrant la porte dessus, me voilà en train de faire couler l'eau, en attendant qu'elle soit chaude, modé paté du matin. Après un quart d'heure d'eau coulée sans aucune amélioration thermique, j'ai bien dû me rendre à l'évidence que quelque chose clochait...
Il m'a fallu un peu de temps pour comprendre que la Minette Infernale avait (encore) réussi à sauter jusqu'au compteur et à couper les radiateurs et le chauffe-eau (mais pas la lumière, sinon on comprendrait trop vite ce qui se passe).
Me voilà donc parti pour aller bosser, pas lavé et à peine sustenté (mais pas du tout reposé en tout cas),et hop, direction cette formidiable invention qu'est la rocade: des dizaines de kilomètres de route toute droite pour aller très vite là où c'est que tu veux aller. Et c'est toujours un plaisir de bon matin de se retrouver complètement à l'arrêt parmi une masse de Titines après seulement six cent mètres. Une peu comme si quelque force obscure guettait ton arrivée pour te mettre en retard.
Mais bon, comme les blagues les plus courtes sont jamais très appréciées, c'est après quand même trois quarts d'heure que j'ai pu repasser à une vitesse normale, une fois dépassé le désolant spectacle d'un camion de la DDE posté sur la voie de gauche en train de... Bah en train de rien en fait. Mais bon, t'oses pas les klaxonner (après tout c'est un métier).
Youhou! Je repars à fond les manettes... pour au moins deux kilomètres avant de retomber sur la même situation. Mais cette fois, ça allait, c'était à cause d'un vrai accident, avec des Bleus partout qui bloquait la route des Rouges (va-t-en savoir pourquoi), et avec tout le monde qui gueule et qui s'insulte.
C'était presque amusant, si ce n'est les deux heures qu'il m'a fallu pour parcourir trente kilomètres. Fatalement, en retard au boulot un lundi matin, t'as beaucoup de mal à convaincre le Chef que c'est une Vengeance Cosmique dont tu ignores la raison. Surtout que le Chef, c'est un peu le Bleu de l'espace de travail (connard). Donc après m'avoir expliqué que y'avait pas à le prendre pour un con vu que lui aussi, il était du matin, mais que ça le mettait pas en retard pour autant, je savais pas trop si fallait que je sois en colère contre ma Berthe ou désolé pour la sienne. Surtout qu'après, je me suis fait rentré dedans pour des conneries que c'est même pas moi qui les avait faites. En gros, tout contribuait à faire de cette magnifique journée une Annale Historique sans précédent, une nouvelle référence dans la mesure des Journées de Merdre...
Après cette douce matinée, c'était l'heure d'aller manger - et accessoirement d'aller acheter du sens-bon pour laver le par-terre du sol, des sacs poubelles et tout ça. Et tu sais comme moi de quoi à l'air un centre commercial à la veille de noyël...
Déjà sur le parking, c'est formidable: ça klaxonne dans tous les coins, ça sort des Titines pour s'insulter, ça coupe la route et ça en a rien à faire de personne... Dans tout ça, une fois garé j'ai pas osé sortir de ma voiture pendant cinq minutes, juste pour voir si un Musklor pas thibulaire mais presque viendrait me dire que c'était sa place. Finalement, je m'ai engouffré comme tout un chacun dans la mélée commerciale, évitant les caddies et les petites vieilles, luttant pour ma survie dans un monde cauchemardesque et insultant les fabricants de sacs poubelles.
Hélas, trois fois hélas, après vingt bonnes minutes d'attente à la caisse, quand la caissière m'a vu finalement poser mon panier pour le vider, elle s'est empressée de déposer sur le tapis son panneau "Caisse fermée". Sans oublier de me gratifier d'un spendide "hihihi!" Et d'un non moins splendide "c'est dommage, à cinq minutes prêt vous étiez bon". Tiens, je me demande où j'ai perdu cinq minutes dans la journée...
Passons sur cet après-midi cauchemardesque où l'on vit des types attendre que certains autres remplissent la photocopieuse pour récupérer leurs tirages, tandis que d'autres encore apprirent que les nouveaux téléphones peuvent rester décrochés malgré que raccrochés et qu'ils auraient pas dû insulter du Chef à ce moment-là...
Enfin le soir! Rentrons vite à la maison, à fond les manettes avant qu'un nouvel arrivage de Musklor ne nous mette dedans. Tiens, y'avait même un type sur un pont au-dessus de la rocade qui prenait des photos de certaines Titines qui passaient. J'ai pas bien vu parce qu'il faisait noir mais quand même, y'en a qui ont que ça à faire.
Alors toi tu appelles peut-être ça une journée de merdre, moi j'appelle ça un lundi - je hais le lundi.
Mais quand même, malgré tout ça, j'ai fait preuve d'une zénitude à toute épreuve, et ce soir, ma Berthe retourne dormir avec sa migraine, ma Minette continue ses travaux de détapissage en me regardant l'air de dire "tu crois c'est l'éléphant ou le popotame le plus fort?", Musklor continue de fertiliser les bas-côtés des routes, le Chef n'est pas vraiment digne d'intérêt quoi qu'il ait pu retourner faire et la caissière est retournée à sa petite vie minable et insignifiante (sale pute).
Non, pas de faits divers aujourd'hui - pas de mon fait tout du moins; le monde s'acharne et je reste de marbre (toutes mes excuses pour le 'sale pute', je me suis laissé emporter). Au milieu de ce maelström entropique qui engloutit tout sur son passage, je reste et demeure un pilier imperturbablement stoïque, tout bardé qu'il est de vocabulaire élitiste et de l'incapacité à l'utiliser correctement (mais aussi d'une certaine aptitude à le cacher). Et le faible d'esprit, l'homme (ou la femme) de peu de foi que tu es pourrait penser qu'il n'y a rien à retirer de ce genre de choses. Détrompe toi.
De tout cela, retenons une chose au moins: je suis énoEnorme.