Hé Spot, long time no see!
L'autre jour (hier en fait) (quel que soit le jour où tu lis ça), je m'ai offert un exemplaire de ce jeu tant attendu - réalisé avec un talent qui reste encore à prouver - j'ai nommé XCOM: Ennemy Unknown (remake du célèbre XCOM: Ennemy Unknown) (ouais, l'originalité, s'plus ce que c'était). Alors une fois payé mon jeu (pirater c'est l'Axe du Mal, moi je veux pas prendre un skeud dans le poum), je l'ai glissé dans mon mange-galette préféré: j'ai nommé ma PS3 (ouais, aujourd'hui je nomme) (et je fais tout plein des appartés parenthèséliques).
Et soudain, c'est le drame.
Parce que comme c'est la mode, le jeu avant de se lancer, il se connecte sur ninternet - sans me demander ce que j'en pense, c'est quand même fou la mode - et il me dit comme ça d'un coup d'un seul que le jeu doit se mettre à jour. Je te raconte pas la merde pour le pauvre Geek qui paye son jeu 70€ et qu'il a pas ninternet. En fait il achète un jeu qui n'est pas vraiment fini, mais bon il le sait pas vu qu'il a pas ninternet pour le prévenir. En même temps, un Geek sans ninternet, c'est pas vraiment un Geek pas vrai? Bienvenue dans le futur, aujourd'hui avoir le numéro 58 des Quatre Fantastiques (celui où il se passe ce truc là, tu sais) ne suffit plus à faire de toi un Geek - aujourd'hui il faut être connecté.
Et donc avant que le jeu il peut se mettre à jour, ta console elle te dit qu'elle-même elle doit se mettre à jour pour pouvoir mettre à jour le jeu. Le monde aujourd'hui c'est quelque chose. En plus notre Geek non connecté, bah il vient de s'en faire mettre une seconde. Il le sait toujours pas remarque, il est pas connecté - hé, c'est de là que ça vient 'imbécile heureux'?
'Fin bref (arf, la mode la mode), la console se met à jour, le jeu se met à jour, tout le monde est au courant, et puis alors la console elle reboote.
Et soudain c'est le drame.
(arrivé à ce point, je me rends compte j'ai tout plein tué mon effet dramatique en anticipant le drame)
Comme tout un chacun, j'allume ma console régulièrement. Et donc forcément, je choisis avec soin l'écran d'accueil dans le monde complètement furieux et irresponsable du génocide pixélisé qui constitue mon exutoire spirituel. Ouais mon gars, comme tu le sais, t'allumes ta PS3 et l'écran d'accueil, c'est l'écran de présentation du jeu tout en haut de la liste alphabétique des jeux installés sur ta console qui s'affiche. Ou le jeu que le CD il est dedans. Genre si t'as téléchargé God of War, bah quand tu allumes t'as droit à Kratos qui te regarde droit dans l'oeil l'air de dire "Wanna play?" (ou "Don't fuck with me, or I'll fuck you", ça dépends de la journée tu viens de passer) (ouais, pas "with you", just "you"), avec en fond sonore les chants grégoriens propres à la série. Ou bien alors c'est une 'tite vidéo de combat d'Assassin's Creed avec un 'tit morceau genre jungle beat en fond sonore. Ou bien alors un genre de techno japonaise pendant qu'une sorcière tout en cheveux et en seins démembre des démons d'outre-monde (ouais gros, moi je fais partie de ce genre qui désinstalle Assassin's Creed juste pour avoir Bayonetta en écran d'accueil, même quand je joue à Assassin's Creed tous les jours - bienvenue dans mon monde). Mais bon, parfois c'est un DVD (ou un BR - trois p'tits points) qui est dans la console, alors la console démarre sur le fond d'écran, que je sélectionne égalemement avec soin. Quoi de mieux que le fond d'écran dynamique d'ICO avant de se lancer dans un revisionnage d'Oz? Quoi, chuis cinique? Hé, j'fais tout quoi je veux et j'te merde d'abord.
Mais voilà, heureusement, Sony veille au grain. Faudrait pas tu crois tu peux faire tout quoi tu veux avec la console t'as acheté. Donc, nouvelle mise à jour de ta console. Et quand tu l'allumes, t'as Singstar. Pas de musique. Juste une tête de con avec une tête de conne, y tiennent un micro, et pis y'a marqué Singstar. Singstar.
Singstar.
Toi, en Geek qui se respecte, tu sais ce qu'est Singstar. De la même manière que tu sais ce qu'est TF1.
Tu connais l'absence totale de respect (le mépris affiché devrais-je dire) dont font preuve les développeurs de jeux vidéos envers leurs principaux financeurs. Enfin pas leur principaux, c'est là le coeur du problème - leurs financeurs historiques plutôt.
Tu te souviens de l'époque où les comics, ça tabassait tout. Et puis tu as vu arriver les films X-Men. Les comics, une des mythologies les plus riches de notre histoire, plus de deux cent (200) personnages distincts, tous énormes, tous avec leur histoire, leur complexité. Tous financés pendant plus de quarante (40) ans par des générations de rêveurs de tout poil(s), inspiration inénarrable de toute une génération d'artistes et de créateurs. Le rêve dans toute sa plendeur - et puis ils se servent de cette notoriété pour faire un film, et puis ils créent des nouveaux personnages pour le film (deux cent, et pas un seul pour remplir le rôle du script), et puis ils prennent un acteur de un mètre quatre-ving neuf (1,89m) pour jouer le rôle de Serval, qui mesure un mètre cinquante-six (1,56m) depuis plus de quarante (bon, tu m'as compris) ans. D'ailleurs, ils l'appelent même plus Serval en français, ils l'appelent Wolverine (ouais, l'english, c'est hype - pourtant Tornade reste Tornade, va-t-en comprendre). On connait tous la suite: les films furent d'une telle médiocrité artistique qu'ils sonnèrent le glas des comics. En effet, pour ne pas perturber le perçu des nouveaux lecteurs rameutés par tout ces panneaux fléchés (nous les appelerons désormais les imbéciles, parce que quand même, on vaut beaucoup plus mieux qu'eux), les auteurs se sont vus obligés de baisser drastiquement le niveaux général des BD pour que cela corresponde au niveau des films. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, lire des comics ne fait plus de nous des Geeks, cela fait de nous des imbéciles - parce que franchement les comics aujourd'hui, faut pas être au courant de quoi y'avait avant pour financer ça.
Merci Stan Lee.
Même problème avec le jeu vidéo - tu te souviens de Resident Evil pas vrai? C'est tout ce que j'ai à dire. (je parle bien évidemment du film dont la qualité exprime de manière évidente la stupidité des gens qui ont pu acheter le jeu dont a pu être tiré ce genre de bouse infâme; pas du jeu qui était, est, et sera à jamais un monument incontournable de la culture vidéoludique et qui a contribué à délimiter la frontière entre l'Avant et l'Après)
Et donc, dans le jeu vidéo, on a notre propre syndrome X-Men: Singstar (Resident Evil n'était que le prémisce d'une ère nouvelle, champagne s'il vous plaît). D'abord amorcé par les Mario Party et ce genre de merde (pour les joueurs purs je veux dire, je peux tout à fait comprendre l'intérêt de ce genre de choses pour les bandes de potes ou assimilés), la casualisation extrème du jeu vidéo nous a amené Guitar Hero et consorts. Ouais gros, plus besoin de te coller des années et des années de pratique, plus besoin d'être une âme torturée, plus besoin d'avoir un message à faire entendre ou une douleur à exprimer, M6 et TF1 nous l'ont prouvé, les stars c'est toi, c'est moi, c'est nous (validé par le Nouvel Obs, ça rigole plus). Aujourd'hui, t'achète un jeu, une manette, et paf: ça fait des chocapics t'es un artiste. Crèpe Suzette.
Ils s'en sont fait des millions de dollars (à une époque où le dollar était plus faible que l'euro, ils sont quand même devenus riches) pour un coût de développement inférieur à celui d'un mauvais film indépendant. Et on sait tous à quel point un mauvais film indépendant coûte pas cher à faire (souviens-toi de Rambo). Et donc forcément, pourquoi est-ce qu'ils continueraient à payer des millions pour faire des vrais jeux, alors qu'il leur suffit de voler des morceaux de musique à des vrais musiciens et de les revendre à la pièce? Quoi, les auteurs s'insurgent? Hé, si les musiciens avaient un quelconque poids dans quoi que ce soit, depuis le temps on le saurait d'abord. Entre ça et les Mario Party, la qualité générale du jeu vidéo n'a cessé de chuter au fil des ans. En moins de dix ans, le jeu vidéo à chuté encore plus bas que de là où il était parti. Et franchement, plus bas que Pong fallait oser. On appelle ça Modern Warfare si tu veux tout savoir.
Parce que moi, j'ai commencé le jeu vidéo avec un clavier que tu branchais sur la télé - les disquettes existaient pas à l'époque, on avait juste des cassettes magnétiques. Branche ton clavier, lance ta commande, appuie sur Play, poireaute vingt minutes, joue à ton jeu, c'était comme ça à l'époque. Tout ça pour voir trois pixels ennemis vaguement menacer tes trois pixels à toi (sans déconner, ils avaient une manière de sauter d'un pixel à l'autre qui était vraiment flippante). Et puis plus tard (bien plus tard), j'ai eu Dune. Après j'ai eu Dune: Battle for Arrakis. J'ai eu Legend of Kyrandia, Monkey Island, Full Throttle. J'ai eu Gods, Magic Pockets et Gold of the Aztecs (en ce qui me concerne, ils l'ont gardé d'ailleurs - les nenculés). Après j'ai eu Sam and Max (ouais, 'vu la photo pas vrai? Dernière fois je prends des photos après un coup d'absinthe moi), nom de pétard de merde, de trois pixels, je suis passé à des armées d'orques étripant joyeusement des tripotées de paysans (les paysans c'est des cons d'abord - Azeroth est à nous, pas à trois peigne-culs avec des fourches). Comme chacun sait, j'aurais dû passer au stade suivant, logique psychologiquement parlant, souhaitable sociologiquement parlant: me trouver une arme à feu réelle et des victimes réelles. Mais bon, en bon Geek qui s'ignorait j'étais profondément anti-conformiste. Je n'avais pas un esprit de contradiction, j'étais l'esprit de contradiction. Donc malgré un passage tout simplement mémorable sur les jeux de rôle papier et les jeux de guerre sur plateaux (ouais gros, moi j'ai toujours mon codex Orques & Gobelins et des listes d'armées à deux mille points - Morglum rules!!) (cela dit j'ai perdu un magnifique char de Snotlings assemblé et peint, je crois qu'on peut marquer là la perte de mon innoncence) et une auto-éducation profondément pixelisé, j'ai renoncé à la violence physique. Oui je sais que je suis un mauvais être humain - mais bon, je suis un bon Geek, et vu que le 2.0 c'est l'avenir, moi ça me va.
Et donc oui, j'ai acheté Army of Men, j'ai acheté Mister Moskeeto. J'étais là à la sortie de GTA (à l'époque où écraser cinq skins d'un coup procurait un bonus au score) (ouais, je sais, s'mal). J'ai acheté Animal Crossing, j'ai acheté Pikmin. J'ai acheté Commandos 2 - sur PS2, et puis après sur PC, dame, imagine ma claque. J'étais là pour le tout premier Dynasty Warriors, et ma curiosité naturelle m'a poussé vers l'envie de mieux connaître une certaine époque de la Chine, teintée de guerriers légendaires et honorables et où se mèlent l'historique et le mystique. J'ai été le témoin de la fusion permanente entre le ludisme du jeu et l'esthétisme du cinéma. J'étais là pour voir trois pixels se transformer en un art majeur et incontournable de notre société. J'ai vu le jeu vidéo s'élever tellement haut, et j'étais fier de voir cette contre-culture grandir avec moi, donc forcément j'étais beaucoup moins fier de l'humanité qui me considérait de plus en plus comme un arriéré mental, tueur en puissance, mangeur d'enfants et exterminateur de boutons de roses (merci TF1). Et puis ce concept magnifique est apparu - un peu après la télé-poubelle télé-réalité (merde je sais même pas lequel des deux je dois barrer) pleine et entière assumation par l'humanité de sa psychopathie - un concept qui changea tout: la casualisation.
La casualisation, c'est la psychopathie télévisuelle appliquée au jeu vidéo: tu veux tout tout de suite, et t'en as assez d'attendre. Ouais, c'est marrant quand c'est Olivier qui gueule ça dans son micro, ça l'est beaucoup moins quand ça devient la ligne directrice de ton exutoire à toi que t'as. Ansi donc, terminé les longues heures de combat acharnés pour délivrer le(s) monde(s) du joug des martiens, des démons, de n'importe quoi. Terminé la misère du boss impossible qui te tient une semaine entière. Terminé le jeu vidéo. Aujourd'hui on fait dans la rentabilité: y'a pas un martien qui doit pouvoir résister à un lancer de coupe-ongles, pas un démon qui puisse te démembrer pendant que tu recharges, pas un raid qui doit durer plus d'une heure. Aujourd'hui, il faut que ton perso il soit surpuissant tout de suite, il faut qu'il soit surarmé, il faut que ça soit les méchants qui soient là pour en chier. C'est terminé le temps où les affrontements étaient une épreuve abordée avec appréhension, où avancer dans les niveaux était un sacerdoce, où les vidéos étaient une récompense en soi de l'effort fourni. Fini les Héros, place aux Productifs. Aujourd'hui, tu charges et tu gagnes. Si tu gagnes pas, c'est que le jeu est mauvais. Si le jeu est mauvais, faut en changer. Vite.
Te méprends pas, j'aime beaucoup l'approche de la chose - ça fait très orque. C'est juste que... Bah voilà, au bout d'un moment, quel intérêt de jouer si t'es sûr de gagner? Surtout que moi, j'ai grandi à l'époque où jouer, mourir, échouer, recommencer, échouer encore, re-mourrir, réessayer, gagner!! Dame, ça c'était exaltant... Une époque révolue. Et pourtant - à l'époque on se sortait les doigts, et c'était tout aussi amusant (oui, j'ai bien aimé le premier Mass Effect - c'était insultant de facilité, mais c'était marrant quand même).
Mais bon, au final on s'est rendu compte qu'on avait même pas besoin de démons, ou de martiens, ou de n'importe quoi qui soit trop cher à animer. Juste une poignée de karts, trois tortues explosives et... rien d'autre.
Et puis quoi? Même pas besoin de karts en fait, récupère des morceaux de musique de groupes qui soient suffisamment connus pour que tout le monde connaisse vaguement les paroles, mais pas assez pour avoir des droits justifiables devant un tribunal (quatre-vingt dix pour cent des (vrais) artistes en fait) (nan, je compte pas U2 - c'est un métier de faire du fric, pas un art) et pis voilà, le karaoké le plus rentable du monde. Y'a pas de secret, l'argent c'est fait pour qu'on leur donne.
Et donc du coup, y'avait plus aucune raison de trouver des millions pour en faire d'autres. Au chômage Tim Schafer - ça lui apprendra à embaucher des groupes de rock qui lui tombent un procès pour question de 'droit d'auteur' (très rock'n'roll les gars, gg) - et toute la Scumm Team. Bien fait pour leur gueule, ça leur apprendra à avoir une vision artistique de leur métier. Dame, ça leur apprendra de penser que rêver est un métier - l'argent c'est un métier, le reste, ça se vend pas: aucun intérêt.
Mais et moi alors? Moi le joueur? Moi le type qui ait pris de mon sang et de ma sueur pour financer tout ça? Bon, y'avait pas tellement de sueur à l'époque où j'ai commencé, et plus tellement de sang aujourd'hui - mais entre les deux y'en a quand même eu. Moi j'ai financé Mister Moskeeto, j'ai financé Harvest Moon (dame, j'ai même dû financer un système de piratage parce que le jeu n'était pas censé intéresser l'occidental que je suis). Il est où mon Thrill Kill II? Ha non merde, je suis pas censé avoir joué à celui-là vu qu'il est interdit - mais mon Mark of Kri II? Quand c'est que ça sort The Last Guardian? Mon Gungrave II? Y'a un manga qui est sorti parce que j'ai financé celui-là, elle est où ma suite? Ou tout simplement mon concept original? A une époque il en sortait au moins un par mois.
Quand c'est donc qu'on pendra Molyneux par les couilles? Je veux dire, Black and white - les deux - et Fable - tous - sont bien marrants à la première partie, mais c'est tout, c'est des jeux à la rejouabilité nulle, c'est ça un génie? Eric Chahi voilà un génie, Jordan Mechner, voilà un génie, voilà des jeux qui se rejouent sans fin; Molyneux, c'est un TF1 déguisé en Arté, y'a que moi qui le voit? Quand c'est-y donc qu'un Collectif de Joueurs se servira de Kickstarter pour faire une véritable suite à Fallout? Parce que j'aime bien Bethesda mais... Non, en fait je déteste Bethesda - transformer la magie immortelle en une merde sans âme, je veux dire, Frodo has failed, right? Il serait pas temps aujourd'hui que nous autres, Joueurs et Geeks (les casuals je les emmerde), on attrape un directeur de studio par les couilles, qu'on les lui écrase, et qu'on accroche sa bite au dessus du bureau du directeur de développement du jeu qu'on veut qu'il fasse, juste pour lui rappeler chaque jour que Dieu fait QUI l'a amené là où il est? Ouais, Pennac est dans le vrai, chuis à fond avec lui sur ce coup-là.
Bref (...), à une certaine époque, moi je faisais en sorte qu'à chaque fois que j'allume ma console, j'ai une icône forte qui me rappelle que j'aime jouer et que c'est pourquoi je joue. Un truc old school, ou rêveur, quelque chose qui me rappelle le jeu vidéo. Pardon, le Jeu Vidéo.
Mais Sony, il veut pas que j'oublie. Sony, il veut pas que j'oublie que j'ai décidé de plus les financer sur la PS4. Sony, il installe contre ma volonté Singstar sur ma console. Il fait en sorte que je ne puisse pas l'effacer. Il fait en sorte qu'à chaque fois que j'allume ma console, je vois Singstar. Même quand j'ai un DVD dans ma console, Sony il veut pas que ça affiche mon fond d'écran Bionic Commando. Sony il veut que ça affiche Singstar.
Singstar.
Merci Sony.